Imprimé depuis le site Formindep / publié le dimanche 2 octobre 2005 - par Collectif Formindep

Campagne de dépistage du cancer de la prostate : ne mutilons pas l’information !

L’information médicale doit reposer sur des connaissances scientifiques fiables, solides, établies sur un “niveau de preuves” suffisant. Délivrer une information loyale, proposer des dépistages ou des traitements basés sur des connaissances scientifiques prouvées, sont des règles déontologiques fondamentales pour réduire les risques liés à toute intervention médicale, y compris de prévention. Un dépistage, fut-il d’un cancer, n’est pas obligatoirement bénéfique en lui-même : il peut être inapproprié, conduire à des traitements inutiles ou dangereux, sans améliorer la qualité ou la durée de vie.

Le collectif Formindep constate que la campagne actuelle prônant le dépistage individuel systématique du cancer de la prostate chez les hommes à partir de 50 ans, orchestrée par l’Association Française d’urologie [1], ne respecte pas ces principes scientifiques et éthiques.

Ni l’épidémiologie de cette affection, ni son évolution naturelle, ni les outils de dépistage proposés (toucher rectal et dosage sanguin du PSA), ni l’efficacité des traitements sur la mortalité de ce cancer ne permettent de recommander à ce jour son dépistage systématique.
Pire, des arguments scientifiques forts et concordants poussent à le déconseiller :
- en septembre 2004, la Haute Autorité de santé dans un dossier concernant le dépistage individuel du cancer de la prostate conclut : « Le bénéfice en termes de réduction de mortalité globale d’un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA sérique total n’est pas démontré. » [2]
- en 2000, le Comité Consultatif pour la prévention du cancer dans l’Union Européenne déclarait que « le dépistage du cancer de la prostate n’est pas recommandé en tant qu’action de santé. » [3]
- l’Organisation Mondiale de la Santé en novembre 2004 et les recommandations des autorités sanitaires de plusieurs pays aboutissent aux mêmes conclusions. [4]

En proposant ce dépistage l’Association Française d’Urologie prend donc le risque d’inquiéter inutilement les patients, de culpabiliser inutilement les médecins généralistes, de provoquer inutilement chez nombre de patients des examens médicaux et des traitements médicamenteux, radiothérapiques et chirurgicaux aux conséquences parfois invalidantes, voire de gêner l’accès à ces traitements de patients qui en auraient réellement besoin. [5]

Le Formindep s’interroge sur les motivations réelles et les conflits d’intérêts d’organismes promouvant des actions de santé publique ne reposant pas sur des bases scientifiques solides.
Il appelle les media à prendre leurs responsabilités en exerçant leur esprit critique pour ne pas se faire les relais complaisants de campagnes orientées.
Il appelle les professionnels de santé à délivrer aux patients des informations claires, loyales et objectives, afin que ceux-ci puissent décider en toute connaissance de cause ce qui est bon pour leur santé.
Il appelle les responsables de l’information et de la formation des professionnels de santé en France, à prendre leur distance avec des campagnes ou des recommandations n’intégrant pas les données scientifiques actuelles fiables.
Il appelle enfin les patients à exiger des professionnels de santé et des media une information médicale fiable et rigoureuse, en particulier sur les risques encourus à l’occasion d’un dépistage et des traitements proposés par la suite.

Post Scriptum :

Téléchargez le "Dossier du Formindep" ICI


[3Advisory Committee on Cancer Prevention. - Recommendations on cancer screening in the European Union. European journal of cancer, 2000, 36, 12:1473-1478