Imprimé depuis le site Formindep / publié le dimanche 20 juillet 2008 - par Philippe FOUCRAS

Notre usine est un roman

L’usine pharmaceutique Roussel-Uclaf de Romainville dans la région
parisienne racontée par ses ouvriers, chercheurs, syndicalistes de 1967 à
2007.

Un ouvrage passionnant qui explique de l’intérieur et vu d’en bas, c’est à
dire de ses travailleurs, comment l’industrie pharmaceutique est passée
d’une culture de santé publique et de recherche, à une culture de profit et
de retour sur investissement à tout prix, qui a amené à sacrifier des
médicaments utiles aux patients mais estimés non rentables pour les actionnaires.

Comprendre, raconté par ses ouvriers et ouvrières, comment au début des années 90 le marketing a pris le pouvoir sur la recherche, de façon
délibérée et calculée, est vraiment éclairant.

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire industrielle et économique, on voit
le glissement d’un capitalisme français de patrimoine familial, à un
capitalisme anglo-saxon de profit et d’actionnariat. On retrouve exactement
le même phénomène dans le textile.

Sur ce fond économique et industriel se déroule la vie des ouvriers et des
syndicalistes de Roussel-Uclaf, avec leurs joies, leurs peines et surtout
leurs combats, et des instants de profonde émotion. On y redécouvre la
fierté des travailleurs de l’industrie pharmaceutique de contribuer à la
santé publique et au bien-être de l’humanité, et leur colère quand ils
comprennent les véritables objectifs des décideurs, des actionnaires, et
comment ils sont ainsi, eux aussi, trompés et manipulés.

La véritable histoire du RU 486, la pilule "contragestive", racontée par le personnel du laboratoire de recherche est également passionnante.

De Roussel-Uclaf à Sanofi-Aventis, on lit enfin la vie et la mort d’une usine, rebaptisée site, puis pôle, et ces glissements de vocabulaire ne sont pas innocents.

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J’ai été emballé par ce livre qui mêle aventures humaines vraies et histoire
économique de l’industrie pharmaceutique, et qui aide à comprendre les
dérives de l’industrie pharmaceutique et de son information depuis les
années 90, et comment on en est arrivé à la situation que nous connaissons et combattons au Formindep.

Un livre qui permet de se redire que l’industrie pharmaceutique ce n’est pas
seulement des visiteurs médicaux, des communicants, du marketing et le profit des actionnaires. C’est aussi des chercheurs, des laborantins, des "petites mains" qui y travaillent en pensant rendre service à leurs frères humains et rêvent de découvrir et de fabriquer des médicaments de qualité, et pas seulement rentables.

"On peut travailler dans l’industrie pharmaceutique et rester citoyen", m’expliquait un jour un employé d’une firme pharmaceutique. Ce livre nous le rappelle utilement et bellement.

Je me disais en refermant ce livre que le Formindep agissait aussi pour ces
personnes.

A lire sans hésiter.

— 
Philippe FOUCRAS

PS : pas de liens d’intérêts avec l’auteur ni avec l’éditeur, ni avec
Philippe Pignarre qui a soutenu ce projet

Post Scriptum :

"Notre usine est un roman" par Sylvain Rossignol

Editions La Découverte - avril 2008

21 euros - 415 pages - broché

ISBN : 978-2-7071-5462-0