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Selon une étude publiée dans une revue internationale de référence, nombre de cancers dépistés par la mammographie régressent spontanément.

.

Selon la théorie médicale communément admise actuellement, on pense qu’un cancer du sein évolue inexorablement et met toujours la patiente en danger de mort s’il n’est pas traité à temps.

Récemment, les résultats d’une étude publiée dans une revue scientifique américaine de haut niveau
 [1]
ont remis en question cette représentation simpliste du cancer : les faits constatés sur plus de 200 000 femmes suivies en Norvège entre 1992 et 2001 sont incompatibles avec cette théorie. Ils montrent qu’il y a une différence entre la réalité de la maladie cancéreuse et le résultat des examens visant à distinguer les tumeurs cancéreuses des tumeurs bénignes.

Voici comment l’étude a été réalisée. Les diagnostics de cancer invasif
 [2]
du sein ont été dénombrés dans deux groupes de femmes suivies pendant 6 ans. Chaque diagnostic fut obtenu à partir de l’examen au microscope du prélèvement d’une lésion suspecte. Dans le premier groupe, les femmes furent sollicitées tous les deux ans pour un examen de dépistage par mammographie durant ces 6 années. Dans le second, elles ont été sollicitées seulement au cours des deux dernières années de la période de 6 ans.

La théorie en vigueur dit que les cancers repérables par la mammographie de dépistage ne cessent de croître. Dans le groupe dépisté tous les deux ans ppar mammographie, nombre de cancers sont repérables plus précocement que s’il n’y avait pas eu de dépistage. Mais au terme de la période de 6 ans, on s’attend bien sûr à trouver autant de diagnostics dans chacun des deux groupes puisque le même examen y est proposé lors des deux dernières années de suivi.

De nombreux cancers du sein régressent spontanément

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Les résultats de l’étude. En haut les résultats attendus. En bas les résultats observés. 22 % des cancers dépistés dans le premier groupe ne se retrouvent pas dans le deuxième

En réalité, on obtient des résultats très différents lorsqu’on compare les deux groupes (voir tableau). Les nombres de cancers diagnostiqués pendant 6 ans chez 100 000 femmes par groupe sont les suivants : 1909 diagnostics de cancer dans le groupe invité à trois reprises pour le dépistage par mammographie, et 1564 seulement pour les femmes invitées une seule fois à la fin de la période de suivi de 6 ans.

Cette différence de 345 diagnostics supplémentaires correspond à une augmentation significative de 22 %. Comment s’explique cette différence importante par rapport au résultat attendu ? Après avoir étudié méticuleusement toutes les possibilités, les auteurs
 [3] de l’étude n’en retiennent qu’une seule : ces cancers ont régressé spontanément !

Plus une femme subit de mammographies de dépistage, plus elle court le risque d’un surdiagnostic, c’est-à-dire d’un de diagnostiquer comme "cancer" une lésion qui n’aurait pas progressé, voire aurait régressé. Le décalage entre le résultat de l’examen diagnostique et la réalité de la maladie cancéreuse entraîne alors des traitements inutiles et des erreurs dans l’appréciation de l’efficacité des soins. Traiter une tumeur qui aurait régressé d’elle-même donne l’illusion de l’amélioration du pronostic de la maladie du fait du dépistage.

Ce résultat met en doute la validité du diagnostic de cancer posé lors de l’examen histologique au microscope de cellules prélevées dans le sein, ainsi que la théorie de la progression inexorable d’une lésion tumorale diagnostiquée comme "cancer".

Le dépistage du cancer du sein fausse la perception de la réalité. Il masque, par exemple, les conséquences néfastes de la précocité de l’intervention physique sur la tumeur par la biopsie à l’aiguille ou par la chirurgie.

Les résultats de cette étude norvégienne incitent à entreprendre une recherche innovante pour sortir de l’ornière d’un consensus imposant l’interventionnisme précoce. Les techniques d’investigation actuelles offrent la possibilité de suivre l’évolution d’une lésion suspectée par l’imagerie à quelques semaines d’intervalle sans se précipiter par une l’intervention par une biopsie ou par chirurgie. Une telle attitude permet d’éviter l’évitable : un traitement inutile, mutilant et dangereux, dû à un surdiagnostic consécutif au dépistage.

Post Scriptum :

Bernard JUNOD est médecin de santé publique, Professeur à l’École des Hautes Études en Santé Publique.
Liens d’intérêt : aucun.

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