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vendredi 25 octobre 2019 - par Formindep

Taxer les robots ? Déjà fait…

Publié le 17 mars 2017 sur le site formindep.fr

Les automatismes, apanages du vivant, s’extériorisent. On les retrouve dans l’organisation des sociétés et dans la complexification des machines. L’argent peut-il réguler leur évolution pour qu’elle ne soit que favorables à l’Homme ?  

 L’Homme est heureusement, comme tout animal, un merveilleux assemblage de robots polyvalents interactifs. Régler sa température, sa pression artérielle est entièrement automatique, hors de tout contrôle volontaire. D’autres répondent à des besoins, comme la soif ou la faim, qui commandent des apports irrésistibles, car VITAUX. Sans parfois en être même conscient, le fumeur allume une cigarette. Il a intégré ce geste dans ses automatismes comportementaux naturels, comme si le tabac était indispensable à la vie. De même pour l’alcool, l’héroïne, pour toute addiction. L’autonomie de nos robots les rend alors nocifs.

Animal social, l’Homme s’est aussi constitué un ensemble de robots extérieurs à l’individu. Ils l’aident à survivre, et à mieux vivre. Ils fonctionnent grâce à son travail, en général transformé en argent, fluide énergétique et hormonal universel, véritable milieu extérieur aurait dit Claude BERNARD. Dans les sociétés complexes, à la fois économiques et administratifs, ils assurent les besoins essentiels, y compris la sécurité, la santé, l’éducation. Mais leur autonomie rend de plus en plus difficile leur harmonisation et leur contrôle. Ce qui est favorable à la société peut opprimer l’individu. De plus, quand leur complexité augmente, leur fragilité les met à la merci de catastrophes et de "piratages" malveillants.

D’autres moyens externes deviennent indispensables à la vie. Après l’outil, les machines, puis les robots, le numérique. Tant mieux s’ils rendent moins pénible le travail humain. Mais est-ce toujours un bien, s’ils tendent de plus en plus à remplacer l’Homme ?

Nul ne se pose la question de savoir s’il est Bien ou Mal de respirer. À cette vision morale, Spinoza oppose le bon et le mauvais, c’est-à-dire l’Utile et le Nocif pour l’Homme, avec tous les degrés entre l’inutile et le simplement inoffensif ((Molimard R. L’Homme, avatar de Dieu. (2016) L’Harmattan ed.)). Une activité se développe si elle a une utilité, même apparemment futile. On la freine en la taxant, on la favorise en la subventionnant. C’est la règle d’or des économistes. Ils ne songent sans doute pas encore à taxer l’air vital qu’on respire, mais croient toujours que les taxes font reculer les dépendances.

Cette loi ne s’applique pourtant pas aux activités VITALES, ou vécues comme telles. Ainsi, les riches fument peu, bien qu’ayant les moyens de payer pour leur vice ((L’homonymie est curieuse avec "vice" dans le sens de "à la "place de". L’alcool serait-il un "vice-bonheur".)), contrairement aux pauvres, aux chômeurs, qui devraient être les plus sensibles au prix du tabac ((Öhlander E, Vikström M, Lindström M, Sundquist K : Neighbourhood non-employment and daily smoking : a population-based study of women and men in Sweden. European Journal of Public Health (2006) 16(1):78-84)). Leurs dépendances n’étant pas objectivement vitales, on peut donc les taxer sans remords. On ne s’en prive pas. Achetant en moyenne 11 cigarettes par jour au bureau de tabac, un fumeur précaire rapporte déjà environ 100€ par mois de taxes à l’Etat, ce qu’avait très bien compris Colbert((http://www.formindep.org/Herbe-ecole-et-Colbert.html)). Il peut aussi être alcoolique. Son maigre budget le contraindra parfois à fumer du tabac de contrebande, voire des mégots, ou à dormir dans la rue. Les ventes diminuent, les économistes sont contents, les puritains se félicitent.

Les impôts, les taxes, nécessaires à la vie sociale, portent encore uniquement sur les revenus du travail humain. La protection de la planète voudrait qu’ils reposent essentiellement sur les énergies, surtout fossiles, et les matières premières nobles, pour retarder les désastres écologiques qui se préparent. Or les machines sont faites de matières nobles et ne mangent pas de pain, mais du pétrole, de l’électricité beaucoup nucléaire. En décomposant une facture de réparation automobile, on voit que la TVA ne porte pas sur cette consommation destructrice, mais essentiellement sur le travail des divers intervenants humains. Taxer les robots devient nécessaire, ne serait-ce que pour payer le travail que seul l’Homme peut réaliser.

Cependant, sont-ils utiles ? Si leur rôle est désormais vu comme vital, leur existence, leur développement, devraient être favorisés. Seule leur consommation serait alors taxée, pour les pousser à l’économie. Pourtant, qui n’est pas frustré par ces automates qui remplacent standardistes, guichetiers, contrôleurs de métro, surveillants ? Qui ne se sent incarcéré dans des espaces balisés commandés par des robots ((Une tendance est de supprimer les feux rouges aux carrefours, dangereux pour la fausse sécurité qu’ils inspirent. http://www.sudouest.fr/2017/02/15/circulation-pourquoi-bordeaux-dit-stop-aux-feux-rouges-3196468-2780.php)), éventuellement dangereux car ils privent de liberté d’analyse et de décision ? Qui n’est harcelé par ces appels téléphoniques, ces publicités qui vous appellent par votre prénom ? Qui n’est indigné par la surproduction à bas prix génératrice de gaspillage, voire de gadgets inutiles bien emballés qui pourrissent les décharges ?

 Les taxes pourraient freiner la prolifération de ces automates parasites, portant alors, non seulement sur leur consommation, mais sur leur existence même. Elles seraient plus efficaces que celles sur le tabac, car ils ne sont pas perçus comme une nécessité vitale, et sont encore plus nuisibles, car ils menacent la planète et l’humanité.

Robert MOLIMARD

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